Se changer les idées
Dans notre vie quotidienne , c'est pareil . Il y a des choses que l'on ne peut pas changer ni éviter , les impératifs du travail et des conditions matérielles de vie , mais nos idées , nous pouvons les changer , nous devons les changer , au moins le temps de reprendre un peu notre souffle pour pouvoir continuer .
Quand "yarienkiva" , il y a une chose qui va , et qui va vous aider : votre pensée . Lisez ce joli texte de Charles CROS ( 1842-1888 ) et vous verrez .
Quand vos chaussures vous font mal , vous en changez , non ? Quand un lieu vous déplaît , vous le quittez , non ? Quand la radio vous casse les oreilles , vous la fermez , non ?
LE VAISSEAU-PIANO
Le vaisseau file avec une vitesse éblouissante sur l'océan de la fantaisie ,
Entraîné par les vigoureux efforts des rameurs , esclaves de diverses races imaginaires .
Imaginaires , puisque leurs profils sont tous inattendus , puisque leurs torses nus sont de couleurs rares ou impossibles chez les races réelles .
Il y en a de verts , de bleus , de rouge-carmin , d'orangés , de jaunes , de vermillons , comme sur les peintures murales égyptiennes .
Au milieu du vaisseau est une estrade surélevée et sur l'estrade un très long piano à queue .
Une femme , la Reine des fictions , est assise devant le clavier . Sous ses doigts roses , l'instrument rend des sons veloutés et puissants qui couvrent le chuchotement des vagues et les soupirs de force des rameurs .
L'océan de la fantaisie est dompté , aucune vague n'en sera assez audacieuse pour gâter le dehors du piano , chef-d'oeuvre d'ébénisterie en palissandre miroitant , ni pour mouiller le feutre des marteaux et rouiller l'acier des cordes .
La symphonie dit la route aux rameurs et au timonier .
Quelle route ? et à quel port conduit-elle ? Les rameurs n'en savent trop rien , ni le timonier . Mais ils vont , sur l'océan de la fantaisie , toujours en avant , toujours plus courageux .
Voguer , en avant ! en avant ! la Reine de la fiction le dit en sa symphonie sans fin . Chaque mille parcouru est du bonheur conquis , puisque c'est s'approcher du but suprême et ineffable , fut-il à l'infini inaccessible .
En avant , en avant , en avant !
Charles CROS  Le Coffret de Santal
Mmmmmm !.... joli , n'est-ce pas ?
Nous , celà nous enthousiasme ...alors , ça nous donne faim ( c'est l'âge , il ne faut rater aucune occasion ! ) . Un petit bout de ...hareng saur , ça vous dirait ?
Hi , hi , hi !!
Le hareng saur
Ta robe , ô hareng , c'est la palette des soleils couchants , la patine du vieux cuivre , le ton or bruni des cuirs de Cordoue , les teintes de santal et de safran des feuillages d'automne !
Ta tête , ô hareng , flamboie comme un casque d'or , et l'on dirait de tes yeux des clous noirs plantés dans des cercles de cuivre !
Toutes les nuances tristes et mornes , toutes les nuances rayonnantes et gaies amortissent et illuminent tour à tour ta robe d'écailles .
A côté des bitumes , des terres de Judée et de Cassel , des ombres brûlées et des verts de Scheele , des bruns Van Dyck et des bronzes florentins , des teintes de rouille et de feuille morte , resplendissent , de tout leur éclat , les ors verdis , les ambres jaunes , les orpins , les ocres de rhu , les chromes , les oranges de mars !
Ô miroitant et terne enfumé , quand je contemple ta cotte de mailles , je pense aux tableaux de Rembrandt , je revois ses têtes superbes , ses chairs ensoleillées , ses scintillements de bijoux sur le velours noir ; je revois ses jets de lumière dans la nuit , ses traînées de poudre d'or dans l'ombre , ses éclosions de soleils sous les noirs arceaux .
NB : nous vous faisons modestement remarquer que nous sommes drôlement "culturels" dans l'illustration de cette oeuvre !
JK Huysmans  Le Drageoir à Epices
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