Pour rire un peu :
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Cette histoire est authentique , seuls les noms ont été changés .
Quelle histoire ! Mon Dieu , quelle histoire , les funérailles du Mimi-d'la-Lison .
A Criloup , petit village de Bresse ( non loin de chez Claudius et de chez  Fonsine ) , on l'aimait bien , le Mimi-d'la-Lison . Né juste après la guerre de 70 ( 1870 naturellement ) il avait juste eu le "bon" âge pour faire "la Grande Guerre" ( celle de 14-18 ) et en revenir avec une jambe en moins ...et une médaille pour conduite héroïque . A l'époque on ne vous mettait pas de jambe artificielle , juste un pilon et Mimi boîtait et souffrait . Il ne se maria jamais . Il vivotait en aidant ses parents dans leur petit bout de jardin et en occupant le poste de "marguiller "à l'église . Coiffé de son bicorne , il précédait le curé avec une lente majesté à laquelle son infirmité n'était pas étrangère ; si bien que , médaille , infirmité et prestance lui valaient l'amitié et l'indulgence de tous
Après la mort de ses parents , Mimi ( à ne pas confondre avec le fils de  Raymonde prénommé Michel lui aussi : le Mimi-d'la-Raymonde ) se rapprocha de ses "conscrits" , ceux qui étaient partis...et revenus de la guerre avec lui . En vieillissant ils se retrouvèrent très seuls , usés . Ils se consolaient souvent en buvant "un petit canon" ( le Beaujolais n'est pas très loin ) chez la Mère Jeanne qui tenait le seul café de tout le village .
Ils buvaient trop , ça c'est sûr ...mais personne n'aurait eu le courage de morigéner ces anciens qui avaient combattu pour le pays ...et on se contentait de faire comme si on ne voyait rien .
Plusieurs fois pourtant , Mademoiselle Latour , respectable et riche vieille demoiselle à la piété agissante , s'était inquiétée de ne pas voir Mimi sortir de sa vieille maison pendant 2 ou 3 jours et était allée pousser la porte , pour le trouver en plein ..."sommeil récupérateur" . Cet hiver-là encore . Mais cette fois , Mimi était mort . Et bien mort , bouteille de "gnole" sur la table et verre renversé . Au moins , il n'avait pas souffert , le pauvre .
Monsieur le Curé fixa les obsèques au samedi matin suivant , la Messe étant dite par le jeune abbé qui le secondait depuis peu , tandis que lui même irait célébrer le mariage de la fille du meunier dans un petit village distant de 8 km , à 11heures .
Mais voilà que le lendemain...le Seigneur rappela Mr le Curé au Ciel ! Le jeune abbé , plein de la fougue de la jeunesse , annonça alors que : 1° - Mr le Curé serait enterré samedi à 9heures , 2° - il célébrerait aussi le mariage à l'heure prévue , et 3° - serait rentré à 15h30 pour enterrer Mimi . Beau programme .
Les "conscrits" de Mimi qui s'étaient portés volontaires comme un seul homme pour porter le cercueil , avaient fait leurs plans eux aussi ...car ils comptaient bien honorer les dépouilles de Mr le Curé et de Mimi ....mais aussi aller au vin d'honneur auquel un de leurs autres "conscrits" , grand'père de la mariée , les avait invités . Ils étaient arrivés à convaincre le boucher , l'un des seuls , avec le Docteur , à avoir une "voiture-automobile" , à les convoyer ...ce qui fut fait .
Ils arrivèrent juste à temps pour empêcher l'abbé de commencer sans Mimi ...et sans eux . La cérémonie en elle-même ne leur laissa qu'un souvenir assez... flou , car ils avaient bien participé au "vin d'honneur" ...mais au moment de quitter l'église  tout se gâta .
Voici les faits . Jules , qui s'apprêtait à saisir l'une des poignées du cercueil , s'empêtra les pieds ( il dit plus tard qu'il avait glissé sur de l'eau bénite ! )...et tomba en accrochant ,de son gros soulier clouté, l'un des tréteaux de bois ...qui se cassa net , ainsi que sa jambe .
Hurlements ! Joseph , qui lui faisait face , sous le coup de la surprise , lâcha aussi la poignée qu'il tenait ...si bien que le cercueil , qui n'était plus tenu que par les 2 poignées près de la tête , bascula vers le bas ...sous le poids de ce pauvre Mimi soudainement propulsé...dont les pieds vinrent défoncer la paroi du cercueil ...et donc  reposer sur le sol dans un bruit de glissement suspect !  Vous imaginez ?
Nouveaux hurlements . Dans la cohue qui s'ensuivit , un cierge bascula et mit le feu au drap qui recouvrait cercueil et tréteaux . Le plus jeune des enfants de choeur , n'écoutant que son sens pratique , arrosa le feu avec le petit seau d'eau bénite qu'il avait en main ...ce que voyant , monsieur l'Abbé lui envoya une gifle magistrale ( nouveaux hurlements ) . N'écoutant que son imagination , Monsieur l'Abbé saisit alors la lance de la statue de Saint Michel ( mais non , pas la lance à incendie , il n'y en avait pas...la lance avec laquelle l'Archange saint Michel terrassa le dragon ! )et , s'en servant assez adroitement  ma foi , arriva à faire une boule du drap enflammé , qu'il plongea dans le bénitier le plus proche , faisant jaillir des jets de vapeur impressionnants .
La fin de la cérémonie se passa assez bien , une fois le blessé évacué et remplacé ( et Mimi bien calé pour rejoindre sans encombre sa dernière demeure ).
La mémoire de Mimi n'en souffrit pas du tout , au contraire . Personne n'osa rire ( plus tard oui ! ) . Mademoiselle Latour prit même soudain une envergure inattendue autant que flatteuse : elle soutint mordicus jusqu'à sa mort avoir vu " l'Archange saint Michel en personne venir délivrer ce pauvre Mimi du dragon qui voulait le faire griller en Enfer , le terrasser et le noyer dans le bénitier " .
 Tout de même !... il buvait bien un peu , le Mimi-d'la-Lison , mais il n'aurait pas mérité çà , ah que non !
Voulez-vous rire encore ? Avec un vol-au-vent ?
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