Page précédente , ces vases  nous ont dépaysés un peu , parce qu'ils venaient de Chine ...et amusés ...parce qu'ils se sont brisés . ( Oh , c'est pas beau de rire du malheur des autres ....mais avouez que l'un des mécanismes infaillibles du rire est bien souvent ...la chûte ...et que , justement , on attend "la chûte" de l'histoire .)
Assez cassé de porcelaine ( surtout de Chine ) ...passons à des choses plus douces .
Extrême Orient
Albert Samain
.../...
La vie est une fleur que je respire à peine ,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond .
J'ignore l'heure vaine , et les hommes qui vont ,
Et dans l'Ile d'Email ma fantaisie est reine .

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine ,
Je n'y touche jamais qu'avec un soin profond ;
Et l'azur fin , qu'exhale en fumant mon thé blond ,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine .

J'habite un kiosque rose au fond du merveilleux .
J'y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d'or parmi les paysages bleus ;

Et , poète royal en robe vermillon ,
Autour de l'éventail fleuri qui l'a fait naître ,
Je regarde voler mon rêve , papillon .
Le Thé  Théodore de Banville
Miss Ellen , versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise ,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté .

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen , versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise .

Là , sous un ciel rouge irrité ,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen , versez-moi le Thé .
Le long du fleuve Jaune , on ferait bien des lieues ,
Avant de rencontrer un mandarin pareil .
Il fume l'opium , au coucher du soleil ,
Sur sa porte en treillis , dans sa pipe à fleurs bleues .

D'un tissu bigarré son corps est revêtu ;
Son soulier brodé d'or semble un croissant de lune ;
Dans sa barbe effilée il passe sa main brune ,
Et sourit doucement sous son bonnet pointu .

Les pêchers sont en fleurs ; une brise légère
Des pavillons à jour fait trembler les grelots ;
La nue , à l'horizon , s'étale sur les flôts ,
Large et couleur de feu , comme un manteau de guerre .

C'est Tou-Tsong le lettré ! Tou-Tsong le mandarin !
Le peuple , à son aspect , se recueille en silence ,
Quand , sous le parasol qu'un esclave balance ,
Il marche gravement au son du tambourin .

Dans ses buffets sculptés la porcelaine éclate ;
Il a de beaux lambris faits de bois odorants ;
Ses cloisons sont de toile aux dessins transparents ,
Et la nappe , à sa table , en drap d'écarlate .

Il laisse le riz fade à ceux du dernier rang ;
Le millet fermenté pour le peuple ruisselle ;
Il mange , à ses repas , le nid de l'hirondelle ,
Et boit le vin sucré des rives de Kiang .

Puis , sillonnant le lac , au pied des térébinthes ,
Sur la jonque bizarre il se berce en rêvant ,
Ou , dans le pavillon qui regarde au levant ,
Cause avec ses amis , sous les lanternes peintes .
Louis Bouilhet
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