A l'heure où l'ample été tiédit les avenues ,
Je vous aime , chemins , par où s'en est venue
Celle qui recélait , entre ses mains , mon sort ;
Je vous aime , lointains marais et bois austères ,
Et sous mes pieds , jusqu'au tréfonds , j'aime la terre
Où reposent mes morts .
J'existe en tout ce qui m'entoure et me pénètre ,
Gazons épais , sentiers perdus , massifs de hêtres ,
Eau lucide que nulle ombre ne vient ternir ,
Vous devenez moi-même étant mon souvenir .
Ma vie , infiniment , en vous tous se prolonge ,
Je forme et je deviens tout ce qui fut mon songe ;
Dans le vaste horizon dont s'éblouit mon oeil ,
Arbres frissonnants d'or , vous êtes mon orgueil ;
Ma volonté , pareille aux noeuds dans votre écorce ,
Aux jours de travail ferme et saint , durcit ma force .
Quand vous frôlez mon front , roses des jardins clairs ,
De vrais baisers de flamme illuminent ma chair ;
Tout m'est caresse , ardeur , beauté , frisson , folie .
Je suis ivre du monde et je me multiplie
Si fort en tout ce qui rayonne et m'éblouit
Que mon coeur en défaille et se délivre en cris .