Jules et ses dames
Jules ne doutait de rien . Depuis qu'il avait été nommé Chef de service ( et amené à ce titre à faire quelques déclarations à la radio ) de la 2ème division de la sous-direction d'un ministère dont nous tairons le nom , il se voyait d'un oeil nouveau .
On était dans les années 50 ( 1950 ! ) , quand Louison Bobet enflammait les foules du Tour de France , quand "the King" Elvis ou Bill Haley faisaient fondre les demoiselles  qui mettaient leurs "ballerines"(une grande nouveauté !) pour aller faire un tour sur la Vespa des petits copains ... ou la DS (une Citroën) de leur Papa .
Albert Einstein et James Dean vivaient leurs derniers mois et Martin Luther King lançait le boycott de la compagnie du bus dans lequel Rosa Parks , une dame de couleur , en Alabama , avait fait scandale en refusant de cèder sa place à un blanc .
Tout changeait . Après les années noires , l'abondance revenait . Europe N°1 remplaçait Radio-Paris (les plus anciens se souviennent-ils ? " Radio-Paris ment , Radio-Paris ment , Radio-Paris est allemand !" ...), à Boston , le 1er "IBM" (qu'on allait baptiser "ordinateur") remplissait une pièce entière , tandis que les frères Mac Donald commençaient à être connus dans tout l'Illinois .
Jules était marié à une brave Pauline depuis une vingtaine d'années mais ils n'avaient pas eu d'enfant . Le ménage était paisible ....et Jules se mit à le trouver monotone . Non qu'il souhaitât "courir les filles" ...mais un brin de nouveauté "en tout bien tout honneur" lui aurait bien plu .
Mais , quand on est chef de service , on se doit de (sauve)garder les convenances et la conquête n'était pas facile . C'est alors que Jules eut une idée : la presse féminine !
Pauline
Et voilà notre Jules lancé dans la lecture intensive de Nous Deux , Confidences , les Veillées des chaumières et A tout coeur .
Il ne s'attardait pas aux petites annonces matrimoniales ( à l'époque c'était comme çà : "en vue mariage" ou rien ! )...non , il regardait le courrier des lectrices ...et recherchait les pauvres ( et jeunes ) veuves qui confiaient leur chagrin .
Et il leur écrivait ! S'excusant de la liberté qu'il prenait mais disant tellement les comprendre....puisque lui-même était veuf !
C'est ainsi qu'il rencontra successivement Mariette , Odile , Josette , Marcelle et Yvonne ....mais , l'élue , ce fut Gisèle .
Gisèle
Ah , Gisèle ! Distinguée , élégante , aimable ....c'était celle dont Jules rêvait . On s'écrivit quelques mois , puis on se rencontra et l'on se montra la photo des chers disparus ( la photo de Pauline ! ) . Quel réconfort , pour l'un comme pour l'autre . Jules avait donné son adresse sans problème puisque , depuis toujours c'est lui qui prenait le courrier en rentrant . Par contre il avait prévenu Gisèle qu'il ne pourrait jamais l'inviter car il vivait avec sa chère Maman " qui n'aurait sans doute pas admis qu'il fréquentât une jeune femme pendant son deuil" ( 3 ans minimum , à l'époque ) .
Par un bel après-midi ensoleillé il l'emmena voir , à 40 km de Paris , la maison où il était censé avoir vécu un bonheur parfait avec sa Pauline ( et qu'il héritait en fait de sa Mère , bien défunte , elle ).
Pensant vaincre le refus de toute cohabitation que lui opposait Gisèle (qui avait des principes , elle ! )il lui proposa même de la redécorer elle-même comme elle le voudrait , sans même qu'il y jette un coup d'oeil (mais sans payer non plus , puisqu'elle faisait tout toute seule ).
Commençant à trouver que les choses s'éternisaient , Gisèle se dit un jour qu'elle allait forcer le destin ...et conquérir le coeur de Madame Mère . Elle vint donc à l'appartement de Jules .
Pauline ouvrit : - Madame ?
" Bonjour , je voudrais voir Madame N..."
- C'est moi .
" Mais ...."
Devant son air si "comme il faut" et si désemparé , Pauline la fit entrer et se fit tout raconter , au milieu d'un flôt de larmes , par cette pauvre Gisèle .
Elles se réconfortèrent avec un bon café et Pauline , qui avait le sens pratique des bonnes ménagères , suggèra un plan d'action commun , aussitôt adopté.
Il pleuvait ce jour-là , et quand il rentra , ponctuel comme toujours , il y eut "gros temps" pour Jules ! Deux furies , deux guêpes ! Elles lui cassèrent proprement chacune son parapluie sur le dos !...et il avoua .
Avec les billets doux envoyés à Gisèle , et le témoignage de celle-ci , Pauline n'eût aucune peine à obtenir le divorce aux torts exclusifs de son époux ( ce qui était très rare à l'époque ) .
Les deux femmes sympathisèrent ...puis devinrent d'excellentes amies . Après avoir obtenu à titre de dédommagement , une pension alimentaire confortable ET la maison de campagne ( il fallait bien la loger ! ), le sens pratique de Pauline fit à nouveau merveille .
Puisque Gisèle avait fait réaménager à ses frais la-dite maison ....pourquoi ne pas s'y retirer toutes les deux et y vivre tranquilles et sans mari ?
C'est ainsi qu'elles y passèrent une vieillesse paisible . Comme elles avaient bon coeur , elles ne dirent guère de mal de "ce pauvre Jules" ...mais en rirent bien des fois tout de même !
Cette histoire est absolument authentique .
Nous , nous aimons bien rire ....ça fait du bien .
Si vous voulez rire encore , allez voir "le Mimi d'la Lison"

INDEX des pages 1 à 150

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