Je n'étais qu'une plante inutile , un roseau .
Aussi je végétais , si frêle , qu'un oiseau
En se posant sur moi pouvait briser ma vie .
Maintenant je suis flûte et l'on me porte envie ,
Car un vieux vagabond , voyant que je pleurais ,
Un matin en passant m'arracha du marais .
De mon coeur , qu'il vida , fit un tuyau sonore ,
Le mit sècher un an , puis , le perçant encore ,
Il y fixa la gamme avec huit trous égaux ;
Et depuis , quand sa lèvre aux souffles musicaux
Eveille les chansons aux creux de mon silence ,
Je tressaille , je vibre , et la note s'élance ;
Le chapelet des sons va s'égrenant dans l'air ;
On dirait le babil d'une source au flôt clair ;
Et dans ce flôt chantant qu'un vague écho répète
Je sais noyer le coeur de l'homme et de la bête .