Comme une volée de moineaux on les voit et on les entend sortir de l' école . La "rentrée" s'est faite une fois de plus . Nous , nous retrouvons de vieux souvenirs , de l'époque où "le 1er Octobre" était la date immuable de la rentrée , et le jeudi le seul moment de répît de la semaine .
L'école des demoiselles Renard
NB : si vous voulez lire une autre petite anecdote sur cette époque , regardez http://lespoemesdebonne.skynetblogs.be/ à la page du 27/09/2006 !
C'était juste après la guerre ( de 39 ! ) . On rentrait de chez notre mémé , en ce qui avait été "la zone libre" et la vie allait reprendre , cahin-caha . L'année scolaire était déjà commencée , et faute d'inscription les parents avaient décidé de nous mettre " chez les demoiselles Renard " , rue Saint Bernard .
Petite maison de 3 étages , grise et austère , avec des escaliers en bois blanchis par trop de lavages à l'eau de Javel ( dont ils gardaient l'odeur )et le passage d'innombrables galoches hérissées de clous protecteurs .
" Ces demoiselles" , comme il fallait dire , étaient maigres , vêtues de long , tristes , énergiques ... et "bien pensantes" . Leur  école accueillait   une petite centaine d'élèves , répartis en 3 classes qu'elles animaient avec une nièce perpétuellement terrorisée mais qui leur ressemblait déjà .
Il y avait donc 3 pièces ( une par étage ) , transformées en salles de classe . De vieux bancs avec des pupîtres rabattables et des encriers de porcelaine blanche accueillaient "les chers petits" ...mais ceux-ci étaient plus nombreux que les bancs ... et les inventives demoiselles avaient imaginé de  poser des petites planchettes entre deux bancs qui accueillaient donc 5 enfants au lieu de 4 . Le malheureux qui se retrouvait sur la planchette était coincé , serré par ses voisins , et ses cuisses se couvraient rapidement de cruels "pinçons" au moindre mouvement malencontreux sur la-dite planchette .... mais persone n'en avait cure , on était dans "l'après-guerre" et celà seul comptait .
il fallait apprendre plein de choses par coeur , cantiques , poésies et tables de multiplication , et les sanctions tombaient dru : "au coin" ou " au piquet" ( avec la honte de sortir de son banc et d'aller passer le reste de la leçon le nez contre l'angle du mur , avec parfois les mains sur la tête ) , mais il y avait mieux : à genoux sur la première des deux marches de bois qui menaient à l'estrade . Comme elles étaient en bois , elles aussi , les échardes dans les genoux ne manquaient pas ...et il ne fallait pas se plaindre , sinon : "zéro de conduite" !
C'est l'apparition d' échardes récidivantes dans les genoux de leur progéniture qui alerta nos parents . Une entrevue assez sonore ( nous attendions dans le couloir ) avec les dignes demoiselles , abrégea ( au bout de 2 mois seulement )notre passage sous leur  redoutable houlette .
Deux ou trois ans  plus tard , notre mère rencontra l'aînée de ces demoiselles dans la rue . Celle-ci demanda de nos nouvelles : nous avions alors tous les deux la varicelle . Aussitôt ,  Mademoiselle Renard hocha vigoureusement la tête , faisant dangereusement osciller son chapeau noir à voilette et s'écria :  - je savais bien , que vous ne pourriez jamais rien en faire ! "
Le matin , on commençait par une prière ( c'était une "école libre" ), ensuite , calcul , orthographe , calligraphie et chant remplissaient d'autant plus la journée...qu'il n'y avait pas de préau , et donc pas d'autre "récréation" que 10 minutes de chanson ( hymne ou cantique bien sûr ! ) au milieu de la matinée et de l'après-midi , debout à notre place , en montant et descendant les bras en cadence ( "pour respirer à fond"  ! ) en faisant aussi attention à ne pas gifler ou éborgner son voisin ou sa voisine ( la classe était mixte jusqu'à 7 ans , âge limite de la présence dans cette institution) .
Au cours de nos études  - qui se passèrent fort bien , merci ! - il fut de tradition , dans la famille , de saluer chacun de nos succès par le rappel de cette inoubliable prédiction .
Page d'écriture
Jacques Prévert
Et l'oiseau-lyre joue
et l'enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pître !
Mais tous les autres enfants
écoutent la musique
et les murs de la classe
s'écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l'encre redevient eau
les pupîtres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau .
Alors l'oiseau descend
et joue avec l'enfant
Deux et deux quatre...
Répétez ! dit le maître
et l'enfant joue
l'oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux
de toute façon ils s'en vont.
Et l'enfant a caché l'oiseau
dans son pupître
et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent la musique
et huit et huit à leur tour s'en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un et un s'en vont également .
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize...
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l'oiseau-lyre
qui passe dans le ciel
l'enfant le voit
l'enfant l'entend
l'enfant l'appelle :
Sauve-moi
joue avec moi
oiseau !
Page précédente     Page suivante

INDEX de la page 151 à la page 270

Tout sur nous ?
Regardez la Page Tendresse : ce sont vos mails qui l'enrichissent chaque jour . Bravo . Continuez .
Participez , écrivez-nous ! unmomentdecalme@aol.com