Si vous allez en Haute-Savoie  comme Lulu , vous y admirerez des paysages magnifiques , des torrents impétueux ; mais ne manquez pas d'aller voir le Musée de la Musique Mécanique des Gets .
Il réunit l'une des plus belles collections d'Europe de tous les types possibles d'instruments créés pour "faire de la musique" même si on n'est pas musicien !
NB: les illustrations de cette page ne viennent pas de ce musée : photos interdites !
Des montres et tabatières "à musique" , des automates aux boites à musique , la musique mécanique s'échappe de partout , avec son petit air désuet ou goguenard . Les pianos mécaniques ne sont pas tous dans les saloons , les orgues de barbarie sillonnent encore nos rues ,  les limonaires et les chevaux de bois animent les fêtes ...mais émerveillent -ils encore les petits-enfants , blasés par baladeurs , "sono" et fichiers MP3 ?
La kermesse
Sur la place , l'église ,
Sous le cercueil de ses grands toits
Et les linceuls de ses murs droits ,
Tait les reproches
Solennels de ses cloches ;
Un charlatan sur un tréteau ,
Pantalon rouge et vert manteau ,
Vend , à grands cris , la vie ;
Puis échange contre des sous ,
Son remède pour loups-garous
Et l'histoire de point en point suivie ,
Sur sa pancarte ,
D'un bossu noir qu'il délivra de fièvre quarte .

Et l'orgue rage
Son quadrille sauvage .

Et personne , des hameaux proches ,
N'est accouru ;
Vides les étables , vides les poches ,
Et rien que la mort et la faim
Dont se peuple l'armoire à pain ;
Dans la misère qui les soude
On sent que les hameaux se boudent ,
Qu'entre filles et gars d'amour
La pauvreté découd les alliances
Et que les jours suivant les jours
Chacun des bourgs
Fait son silence avec ses défiances .
L'orgue grinçant et faux ,
Du fond de son armoire
D'architecture ostentatoire ,
Criaille un bruit de faux
Et de cisailles .

Dans la salle de plâtre cru ,
Où ses cris tors et discors , dru ,
Contre des murs en lattes
Eclatent ,
Des colonnes de verre et de tournants bâtons
- Clinquant et or - décorent son fronton ;
Et les concassants bruits des cors et des trompettes
Et les fifres , tels des forets ,
Cinglent et trouent le cabaret
De leurs tempêtes
Et vont là-bas
Contre un pignon , avec fracas ,
Broyer l'écho de la grand'rue .
E.Verhaeren
Avec colère, avec détresse ,
Avec ses refrains de quadrilles ,
Qui sautèlent sur leurs béquilles ,
L'orgue canaille et lourd ,
Au fond du bourg ,
Moud la kermesse .

Quelques étaux au coin des bornes ,
Et quelques vieilles gens ,
Au seuil d'un portail morne .

Avec colère , avec détresse , avec blasphème ,
Mais , vers la fête ,
Quand même ,
L'orgue s'entête .

Sa musique de tintamarres
Se casse, née des bagarres
De cuivre vert et de fer-blanc ,
Et crie et grince dans le vide .

Obstinément ,
Sa note acide .
Et l'orgue avec sa rage
S'ameute une dernière fois et rue
Des quatre fers de son tapage
Jusqu'aux enclos et jusqu'aux champs ,
Jusqu'aux routes , jusqu'aux étangs ,
Jusqu'aux meules de méteil ,
Jusqu'au soleil ;
Et seuls dansent aux carrefours ,
Jupons gonflés et sabots lourds
Deux pauvres fous avec deux folles .
Dans la rue
Regardez page 329 notre page Faire la Fête et ses Limonaires !
Théophile GAUTIER
L'aveugle au basson qui pleurniche
L'écorche en se trompant de doigts ;
La sébile aux dents , son caniche
Près de lui le grogne à mi-voix .

Et les petits guitaristes ,
Maigres sous leurs minces tartans ,
Le glapissent de leurs voix tristes
Aux tables des cafés chantants .

Paganini , le fantastique ,
Un soir , comme avec un crochet ,
A ramassé le thème antique
Du bout de son divin archet ,

Et , brodant la gaze fanée
Que l'oripeau rougit encor ,
Fait sur la phrase dédaignée
Courir ses arabesques d'or .
Il est un vieil air populaire
Par tous les violons raclé ,
Aux abois des chiens en colère
Par tous les orgues nasillé .

Les tabatières à musique
L'ont sur leur répertoire inscrit ;
Pour les serins il est classique ,
Et ma grand'mère , enfant , l'apprit .

Sur cet air , pistons , clarinettes ,
Dans les bals aux poudreux berceaux ,
Font sauter commis et grisettes ,
Et de leurs nids , fuir les oiseaux .

La guinguette , sous sa tonnelle
De houblon et de chèvrefeuille ,
Fête , en braillant la ritournelle ,
Le gai dimanche et l'argenteuil .
puisque le Musée des Gets interdit les photos , nous vous avons "dégotté" un vrai limonaire , présenté par un monsieur et une dame très sympathiques , qui anime fêtes et expositions .
C'est la Compagnie Flonflon de Rue
( 06-82-85-65-31 )
Et l'orgue de Barbarie ?
Vous souvenez-vous de la charmante coutume qui consistait à envelopper une pièce de monnaie dans une feuille de papier et de la lancer , du haut de sa fenêtre , aux pieds des joueurs ambulants qui venaient remplir la rue ou la cour des accents sautillants de leur orgue de Barbarie ? Leur orgue venait-il de chez les "Barbares" ( = "étrangers" autrefois ) ? Pas du tout ! Il venait le plus souvent de l'atelier de Giovanni Barberi , facteur d'orgues à Modène , en Italie , qui inventa , pour les mendiants ambulants de tous les pays , ces jolies orgues [ "amour , délice et orgue passent au féminin quand ils sont au pluriel "] à manivelle . Rien de barbare , dans tout celà : de la musique pour tous .
Page précédente     Page suivante

INDEX de la page 151 à la page 270

Tout sur nous ?  

Ecrivez-nous , participez ! unmomentdecalme@aol.com
La Page Tendresse est faite par vos mails ( 2 ou 3 lignes ).