Ah , vous aimez nos histoires ! Eh bien , tranquillisez-vous , nous en avons encore quelques unes en stock . Celle-ci est tout aussi authentique que les autres ( la dernière étant celle  des Amours de Raymond ).
Celle-ci se passe en Bresse , juste à côté de  de chez Fonsine  .
Le coq-à-Pacaud
C'était juste au moment de la Libération ( 1945 , pour les plus jeunes ! ) . On revenait de loin . Même dans les campagnes la vie n'avait pas été très facile et le ravitaillement assez problématique pour ceux qui n'avaient ni jardin ni basse-cour suffisants .
Pacaud s'en était assez bien tiré , finalement .
Vieux garçon , il avait hérité de la maison de ses parents , juste à la sortie du village , et son âge lui avait évité de partir au front . Donc , pendant toute la durée de la guerre il avait fait pousser ses légumes et ses fruits ; il n'avait ni cochon , ni vache ni chèvre cependant , donc pas de viande . Il avait bien quelques poules , mais on ne les voyait jamais dans sa petite cour .
Des poules et pas de coq ? Euh... là , les avis étaient partagés , certains disaient oui et n'en démordaient pas , mais d'autres disaient que non ... parce qu'on ne l'entendait pas . C'est une preuve , çà . Pourtant , il n'achetait jamais ni poules ni poussins .
Eh bien , si !! Pacaud avait un coq ! Un coq qu'il avait camouflé pendant toute la guerre , tant il avait peur qu'on le lui réquisitionne ( c'était une des nombreuses " fausses nouvelles " qui couraient dans la région pour inquièter certains gros propriétaires ! ).
Ce pauvre coq avait donc vécu dans l'obscurité poussiéreuse du petit cabanon qui faisait office de poulailler .
Vous parlez d'une vie ! La porte était fermée toute la journée . La pauvre bête s'en accommoda quand même , mêlant une voix chêtive aux voix retentissantes des autres coqs des alentours .
A la Libération ... il fut libéré .
A lui le bon air et l'exercice physique . Du coup , il rattrapa son retard : il sautait avec frénésie sur ses poulettes et se mit sans tarder à l'école de ses congénères . Son gosier n'était pas fatigué , donc il progressa vite ,sa voix prit une force incroyable ( une vraie corne de brume ! )mais ... au point de vue "mélodie "... ce n'était vraiment pas çà  ( il n'avait pas d'oreille ! ).
Il poussait chaque matin son horrible chanson ; le soleil , bon prince , se levait quand même .
Après çà , il persiste un doute sur le déroulement des faits .
 Les autres coqs se soulevèrent-ils contre ce fausset ? Celui-ci fut-il victime d'une poussée hormonale excessive liée à sa récente exposition permanente à la lumière du jour ?
On ne sait pas , mais toujours est-il que "le coq-à- Pacaud" , comme on l'appelait ,  ne chanta plus en même temps que les autres . Ils lui avaient peut-être attribué une tranche horaire , précise ( autant qu'inconfortable ) , car il se mit à chanter chaque nuit bien avant tous les autres .
Imaginez un peu cette voix épouvantable s'élevant , isolée , avec une force incroyable ... et réveillant tout le monde alors que le ciel était encore tout noir ! Un cauchemar .
Quolibets et menaces pleuvaient sur Pacaud qui ne parlait rien moins que de défendre son coq avec son vieux fusil de chasse , exhumé lui aussi depuis peu . Et ça continuait , ça continuait ...
Au bout du jardin de Pacaud , là où s'élevait le fumier sur lequel se juchait le coq chaque nuit , il y avait le jardin de Fonsine .
Fonsine , vous la connaissez , courageuse et discrète . Elle n'osait pas se plaindre du "coq-à-Pacaud" , et elle avait assez d'insomnies , qui ne finissaient qu'au petit-matin , pour que celà  change  grand'chose pour elle .
La guerre étant finie , Fonsine reçut enfin la visite d'une de ses filles " mariée à un de la ville " comme elle disait avec fierté ( en fait ils vivaient à Paris ! ). Le couple arriva dans la petite maison ...et goûta très vite aux joies des ébats nocturnes du "coq-à-Pacaud" .
" Monsieur  gendre" s'étonna mais Fonsine lui assura qu'on ne pouvait rien faire . Deux , trois jours passèrent , suivis d'assez courtes nuits pour ces gens venus de Paris , il faut le reconnaître .
D'autant plus que le-dit gendre était un lève-tôt ( 6 heures du matin à Paris ).  C'est donc tout naturellement qu'il se retrouva dans le jardin , vers 6 heures . Le "coq-à-Pacaud" avait déjà donné sa prestation principale , mais , comme d'habitude il refaisait une partie de son numéro ; tous les quarts d'heure environ . Une vraie provocation .
- Ah , sale bête , tu vas te taire , oui ? "
lui cria le gendre hors de lui ; et , joignant le geste à la parole , il ramassa une pierre et la lança dans sa direction .
A 6heures , il ne fait pas encore très clair . Le gendre n'avait rien d'un sportif . Le coq allait et venait sur son fumier de l'autre côté de la haie .
EH BIEN !... malgré tout celà , le "coq-à-Pacaud" tomba raide mort .
Bien embêté , Monsieur-gendre passa à travers la haie et récupéra la ...pièce à conviction . Fonsine fut horrifiée . Mon Dieu !... On décida qu'il fallait détruire cette "preuve" . Le mieux serait de plumer le volatile et de le cuire , finalement .
Les plumes furent brûlées avec du petit bois ( ah , l'odeur !! ) et on décida de la recette . Cette chétive petite chose n'allait pas donner grand'chose en "coq au vin " , on opta donc pour un "coq-au-pot " (à défaut de poule-au-pot ), avec durée de cuisson généreusement augmentée . De temps en temps Fonsine soulevait le couvercle . Les légumes sentaient bon , mais la viande semblait toujours dure . Après 1/2 journée de cuisson , elle résistait toujours . Elle résista si bien , même , qu'on ne put jamais la manger .
Pour éviter que les chiens ne se promènent avec des os compromettants , on les glissa tout en bas du fumier de Fonsine . On fit jurer aux enfants de ne jamais dire mot de l'affaire .
"Bien mal acquis ne profite jamais ! " grommelait Fonsine dans le dos de son gendre !... Enfin , bon , les choses allaient s'arranger .
Pacaud, soupçonneux ,  chercha son coq . Partout . Fonsine fut contrainte de mentir ( et dût aller s'en confesser ) . Quelle affaire !
Deux jours après tout était rentré dans l'ordre semblait-il .
Mais au début de l'après- midi , une belle voiture noire mit en émoi le village qui n'en avait jamais tant vu . Elle s'arrêta tout près de chez Fonsine . C'étaient les (riches ) parents de son gendre , qui avaient promis , en descendant sur la Côte d'Azur , de venir saluer la famille . Tout le monde sortit pour les accueillir mais Fonsine les fit rentrer au plus vite dans la maison : la dame portait un superbe manteau noir avec un col ...orné de plumes de coq ! Le sort s'acharnait . L'histoire est restée dans la famille ;  et on suppose qu'elle fut même pour une bonne part dans la fraîcheur des relations  qui existèrent jusqu'au bout entre Fonsine et son gendre .
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