Rêve d'enfant
Dans la banlieue où habite Lulu ( à 2 pas de Paris , juste de l'autre côté du Périphérique ) beaucoup de rues sont encore bordées de petits pavillons , construits entre 1930 et 1970 environ .
Ces pavillons sont sans histoire pendant des dizaines d'années , pendant que leurs propriétaires vieillissent doucement , sortent de moins en moins , sont ensuite reclus dans leur maison ... puis la quittent un jour . Alors , le pavillon est vendu .
Le plus souvent , ce sont des couples entre 40 et 50 ans qui les achètent et les rénovent . L'installation électrique , presque toujours "d'origine" est toute à refaire , mais çà , on ne le voit pas , en passant dans la rue . Par contre , l'aspect extérieur , qui avait pourtant fait le bonheur de tous ces braves gens pendant des années , est souvent rénové par les nouveaux propriétaires , qui le veulent à leur propre goût .
Un de ces pavillons met actuellement tout le voisinage en émoi .
C'était celui d'un vieux couple charmant et modeste qui l'avait fait construire pour abriter toute la famille , leurs trois enfants et eux . Ils travaillaient dur tous les deux et avaient une voiture ; la maison fut donc construite avec un garage . Plus exactement , tout le sous-sol fut aménagé en un immense atelier-garage , assez haut de plafond pour que l'on s'y tienne des heures entières à bricoler , avec une  porte à double-battant donnant , par une petite pente raide , au portail ouvrant sur la rue .
Du coup , il avait fallu mettre la porte d'entrée de la maison sur le côté , en haut d'un petit escalier de 7 ou 8 marches , protégé par une petite verrière en demi-cercle  ( le rez-de-chaussée étant surélevé à cause des dimensions  du garage ), mais celà n'était pas gênant .
Au-dessus du garage ( donc le rez-de-chaussée de la maison ) deux fenêtres éclairaient la façade , l'une donnant sur la salle-à-manger , l'autre sur le salon ( parce qu'à l'époque , il y avait un "salon" dans toutes les belles maisons ; on y passait pour déguster café et liqueurs quand on recevait des amis ) . A l'étage supérieur  2 fenêtres aussi : celle de la chambre des parents et celle de la chambre des enfants .
Une maison sans histoire , finalement .
il y a quelques mois on a vu arriver un camion chargé de sacs de ciment , d'une bétonnière et d'un tas d'outils . Rien de très étonnant , sans doute , le mur de clôture n'étant plus de première jeunesse , il nécessitait sans doute une bonne réfection .
On était à l'automne dernier .
Tout le monde fut très étonné de voir les ouvriers s'affairer sur l'escalier de la maison . Il allait bien , pourtant , ce petit escalier . Sa petite rampe à barreaux de fer fut enlevée et des planches furent disposées tout au long des quelques marches pour les protéger sans doute , mais cachant aux passants ce qui se passait  .
D'autres travaux durèrent tout l'hiver et des dizaines de camions amenèrent ciment , tommettes et outils , et remportèrent des chargements entiers de gravats et de terre .
Au printemps , on en vit un peu plus ( et on eut aussi plus l'occasion et le temps de ralentir le pas pour voir ce qui se passait ).
Eh bien , pour du changement , il y avait du changement !!
L'atelier-garage était toujours là , mais sa rampe d'accès n'existait plus , remplacée par une courette pavée de tomettes roses ( sur laquelle stationnait la voiture des nouveaux propriétaires ) et bordée d'une longue allée-jardin serpentant tout autour de la maison . Somptueux , et pas laid du tout , maintenant qu'on y avait planté diverses plantes . Pourquoi pas , après tout ?
Mais il y avait  plus ... et pire : l'escalier .
Eh bien , cet escalier , situé sur le côté de la maison - à 3 mètres tout au plus du mur du voisin - , avec ses 7 ou 8 petites marches ... figurez-vous qu'il a doublé ! Maintenant il part à gauche vers la rue comme d'habitude , mais en plus ... il part à droite vers le petit bout de jardin derrière la maison ! Un escalier double ! Personne n'en revenait .
Mais on n'avait pas tout vu : aux premiers beaux jours du printemps , sa balustrade fut posée . Finie la petite balustrade aux barreaux de fer ... maintenant c'est "une balustrade de château " avec des piliers rebondis en belle pierre dorée .
Et qui le voit ? Personne , pardi , il donne juste face au mur de séparation avec la maison voisine !
Etrange tout de même .
Non , joli , émouvant ... c'est un rêve d'enfant .
On ne sait pas qui l'a rêvé , cet escalier-de-château  ( le nouveau propriétaire ou sa femme ? ) ... mais c'est sûr , il a été rêvé et il a été réalisé , contre toute logique , contre vents et marées , pour l'amour de celui qui l'avait rêvé et avait su protéger son joli rêve tout au long de sa vie . Joli .
Infiniment respectable , aussi .
N'ayons pas honte , ni peur , de nos rêves . La vie n'est pas toujours facile ... un rien , un petit bout de rêve par exemple , peut l'allèger .
Ce rêve ne se réalisera peut-être pas , mais c'est notre rêve à nous , notre petit jardin secret , la petite part de beauté ( voire de calme ! ) que nous avons été capables d'imaginer et de conserver .
Nous vous souhaitons de jolis rêves .

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