L'homme qui aimait  ( 2 )

Page précédente nous avons rencontré  Yves-Marie , l'homme qui aimait . Nous l'avons quitté à la mort de sa jeune femme si tendrement aimée . La vie a continué . Avec lui .

Pas une fois il
n'oublia le sirop

C'est ainsi qu'il fit la connaissance des Durand , gentille famille avec 2 grands enfants , un fils de 27 ans qui finissait sa Médecine et une fille un peu plus jeune se destinant à l'enseignement .
"Monsieur Marcel" comme tout le monde l'appelait , respectant trop son courage et ses cheveux déjà blancs pour user de son prénom comme il l'avait suggéré , venait faire "les gros travaux" une fois par semaine et ne repartait jamais sans un "petit quelque chose en plus" ( argent , nourriture , etc... ) car c'étaient de braves gens .
Il travailla ainsi 18 ans pour eux ...et beaucoup d'autres employeurs . et puis , Mr Durand mourut , laissant une veuve fragile et désemparée qui continua à vivre avec sa fille toujours célibataire ... mais qui travaillait toute la journée . Mme Durand aimait bien le jour où il venait . A 5 heures ils buvaient un petit thé tous les deux .

Peu  fortuné et avec son petit garçon à élever , Yves-Marie a travaillé comme un fou , nuit et jour pourrait-on dire , sans jamais se plaindre , cumulant emploi officiel et "petits-boulots" qui ne l'étaient pas . A sa retraite il continua de plus belle ces derniers et devint "homme-de-ménage" dans plusieurs maisons où l'on n'eut  qu'à se louer de ses services .
Il arrivait par le métro , claudiquant opiniâtrement ( la balle reçue à New-York ! )qu'il pleuve ou qu'il vente .

Mais un jour , tout se gâta : sa fille reçut en plein après-midi un coup de fil d'Yves-Marie : " Mademoiselle , votre Maman a la coqueluche , il faudrait peut-être prévenir votre frère pour qu'il passe ce soir ?"

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- la coqueluche ? Mais enfin , Mr Marcel , à 83 ans ?? "
- - ce n'est pas une question d'âge : je sais quand même reconnaître "le chant du coq" ,  j'ai été infirmier pendant 5 ans
- tiens , çà on ne savait pas - je vous assure que c'est la coqueluche et elle n'arrête pas !"

Le soir même , le frère ne put que confirmer ( et admirer ! ) le diagnostic posé par Yves-Marie : c'était bien la coqueluche , et une belle !! Déjà redoutée chez l'enfant , la maladie est impressionnante chez la personne âgée . La pauvre Mme Durand  dépérit en quelques jours . Elle ne pouvait plus rester seule .

*** Dire « merci » à Sainte Rita ( un mail de 2 ou 3 lignes , pour remercier seulement : aucune intention de prière ne peut être reçue )

*** autre Ex Voto ( de remerciement )

La Page Tendresse est faite  par vos mails ( 2 ou 3 lignes ) pour ceux qui trouvent la vie bien grise en ce moment . Donnez-leur votre force et votre espoir . MERCI !

 

Mais , qui allait garder Mme Durand ? Une idée germa et l'on téléphona à Yves-Marie . Celui-ci ne se fit pas prier :
- Oh oui , je veux bien venir tous les jours , je suis si bien chez vous ! et puis je vieillis et je me fatigue vite maintenant
" ( il avait 81 ans !). Et c'est ainsi qu'Yves-Marie devint le plus dévoué des "mamy-sitters" comme il disait en riant .

Pas de jour qu'il n'ait essayé de la faire rire .

Ils s'entendaient somme toute fort bien . Mme Durand disait bien parfois que "ce pauvre vieux" ( il avait 2 ans de moins qu'elle ) perdait la tête , mais on ne la croyait qu'à demi ( même quand elle jura l'avoir vu promener les plantes vertes dans l'appartement "pour les aérer" ( innocente manie constatée en effet par sa fille rentrée plus tôt que d'habitude un jour ).

Quelques années passèrent ainsi , l'un veillant sur l'autre . Ils parlaient tous les deux de leurs conjoints disparus et toujours tant aimés ( il portait une rose sur sa tombe tous les dimanches ) et pleuraient un petit coup .
Alors il disait :
" Allez , Madame , on va se chauffer un peu de soupe , ça va nous faire du bien "
et ils faisaient un sort à la pleine marmite de soupe que sa fille avait préparée avant de partir .

Ce fut elle qui partit la première et il en eut une peine infinie .
- je vous aime tous tant , vous êtes ma famille " sanglota-t-il dans les bras du frère et de la soeur ... et c'était vrai .
Il se laissa glisser doucement , ne mangeant presque plus , ne sortant guère . Une seule fois il accepta de déjeûner avec eux . Il avait vieilli , il pleurait un peu mais sourit en les quittant: -  je vous aime ! "

Voilà .  C'est l'histoire toute simple et rayonnante d'un homme qui a su aimer .

Et nous ? Osons-nous aimer ? Savons-nous aimer ?

... il y a des moments où il faut s'arrêter et réfléchir . Juste un peu .