Troubadours ?

Un trouvère ? un troubadour ?
Un ménétrier ?un ménéstrel ? .... voire un balladin ( voir la ballade d'automne ! )
çà , c'est comme on veut , selon que l'on pratique la langue d'oc ou la langue d'oïl  et qu'il y ait ou non un violon , un rebec , une viole ... mais dans tous les cas il s'agit d'une sorte de  bienfaiteur de l'humanité ( à notre avis !) : celui qui sait formuler une idée , rapporter un fait , "trouver" - [> trouvère ! ]- une histoire ... et les transmettre aux autres .
Souvent on ne conçoit clairement une chose que lorsqu'elle a été exprimée par autrui ... c'est pourquoi il faut lire , beaucoup et ..."les bons auteurs" de préférence .

Le vieux trouvère  Gaston Couté
Dans ce temps-là, je n'avais rien,
Rien du tout dans mon escarcelle,
Et ma lyre était tout mon bien ;
Dans ce temps-là je n'avais rien
Que de grands trous à mon pourpoint
Et le coeur de ma damoiselle.
Dans ce temps-là je n'avais rien,
Rien du tout dans mon escarcelle.

J'allais chanter dans les manoirs
La geste du vieux Charlemagne,
Et, gueux d'argent, riche d'espoirs,
J'allais chanter dans les manoirs
Devant les dames aux yeux noirs
Dont les barons faisaient compagne.
J'allais chanter dans les manoirs
La geste du vieux Charlemagne.

On m'aimait... j'étais adoré
Car j'avais ce qu'il faut pour plaire :
Le regard vif, l'air déluré ;
On m'aimait... j'étais adoré
Et m'étais toujours figuré
Qu'on vivait d'amour et d'eau claire
On m'aimait... j'étais adoré
Car j'avais ce qu'il faut pour plaire.

Je payais souvent un baiser
D'un rondel ou d'une ballade
Lorsqu'on voulait bien me laisser,
Je payais souvent un baiser
Comme ça, sans jamais toucher
A ma bourse toujours malade,
Je payais souvent un baiser
D'un rondel ou d'une ballade.

Quand ma toute belle voulait
Un collier d'or aux lueurs folles
Pour entourer son cou fluet,
Quand ma toute belle voulait !...

Je lui faisais un chapelet
D'éblouissantes lucioles,
Quand ma toute belle voulait
Un collier d'or aux lueurs folles.

L'avenir était devant moi
Comme un jardin couvert de roses
Et, plus riant que pour un roi,
L'avenir était devant moi...
Mais, maintenant, au vieux beffroi
Vont sonner mes heures
moroses.
L'avenir était devant moi
Comme un jardin couvert de roses.

Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu

Jeune pastoure et gente dame
Que mes cheveux blancs tentaient peu.

Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu
Car je n'attends qu'un mot de Dieu
Pour voir, vers lui, voler mon âme.
Riche et vieux !... las ! m'ont dit adieu
Jeune pastoure et gente dame
!...

Le ménétrier E.Verhaeren

Soir de juillet torride et sec.
Serrant le bois sonore au creux de son épaule,
Un joueur de rebec
S'est lentement assis et joue au pied d'un saule.

Il chante pour lui seul et ne voit pas
Qu'en ce déclin du jour se rapprochent des pas
Sous les arbres, au long des routes ;
Et qu'on se glisse derrière les troncs
Et qu'à demi cachés apparaissent des fronts
De jeunes filles qui l'écoutent.

Il sait rythmer en ses chansons
Toute la ronde des saisons,
Mais aujourd'hui, seul lui importe
De célébrer les humbles clos
Avec leur vie et leurs travaux
Et leur repos
Quand, au soir descendant, on verrouille la porte.

Il a chanté d'abord
L'aube aux mains d'or
Qui passe en frissonnant sur la cime des hêtres
Et qui s'en vient, pour réveiller
Les fronts pesants sur l'oreiller,
Frapper chaque matin à la même fenêtre.

Il a chanté encor
Le bûcheron alerte et fort
Qui s'enfonce sous bois pour reprendre sa tâche
Et dont reluit soudain dans les massifs vermeils,
En plein soleil,
La hache.

Il a chanté d'un gosier ferme et plein
La charrue entaillant les glaises violettes,
L'homme aux bras durs qui bêche et qui halète
Et sa femme à genoux qui bine un champ de lin ;

Il a chanté, et maintenant il chante
La sieste de midi sous les branches pesantes ;
L'horizon par les vents doucement secoué ;
Les longs troupeaux en marche à travers route et plaine
Dont les dos inégaux et mouvants sous la laine
Apparaissent au loin comme un champ remué ;
Son rythme vit et fait trembler les vieux villages
Du quadruple galop d'un volant attelage ;
Avec son mince archet mordant son rebec faux,
Il imite le bruit court et sifflant des faux
Ou le cri du grillon sous la fine poussière.
Il chante le beau gars, debout dans la lumière,
Qui s'étanche le front du revers de sa main.
Il indique le geste ondoyant d'un chemin
Qui s'incurve et s'éploie et contourne la haie.
Un bruissement s'entend sous la grande futaie
Et voici qu'à leur tour les bêtes au poil roux
Sortent de l'ombre et se hasardent
Et se glissent et s'approchent et, tout à coup,
Avec des yeux fixes et doux,
L'environnent et le regardent.

Le chant s'est arrêté et l'archet suspendu
Ne semble plus glisser que sur un rai de lune.
Les étoiles, là-haut, scintillent une à une ;
Un tel silence autour des bois s'est répandu
Qu'on croirait qu'il s'étend jusqu'au bout de la terre.

Doucement, lentement, le vieux ménétrier
Se lève et puis s'en va par le prochain sentier
Et puis s'efface et disparaît dans le mystère
Autoritaire.

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