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La Page Tendresse aussi , regorge de "petits faits" qui changeront peut-être votre moral , voire votre vie .
Pour l'enrichir : un petit mail de 2 ou 3 lignes .

 

Souvenir

Les années passent , passent , passent . Et nous avec bien entendu .

Avant que nous ne soyons plus là pour le raconter voici un souvenir gris et rose , humain , authentique ,
de l'un d''entre nous .

A la mémoire de Marcelle D. ,

Celà s'est passé en 1944 , en Bresse  dans un tout petit village .Les hommes étaient au front .  L'école était entre les seules mains d'une jeune institutrice , Marcelle D. Son mari était au front naturellement , elle avait 2 petits garçons et vivait chez sa mère juste en face de l'école des garçons . Comme on ne pouvait faire autrement , on avait regroupé filles et garçons de 4 à 12 ans dans une seule pièce .
Marcelle se dévouait corps et âme à ses petits écoliers .
Tous savaient rapidement lire , écrire et compter  ; on apprenait l'histoire et la géographie , les sciences et même la morale !

Et comme Marcelle était très appliquée et avait de l'oreille , on apprenait aussi à chanter .
Et c'est là que les choses se gâtèrent : elle avait choisi l'Hymne à la Liberté ( Méhul et Bouchor ):
Au ciel radieux tu t'élances
Gloire à toi , Sainte Liberté ,
Ouvrant tes deux ailes immenses
Sur la France et l'humanité .

Pour toi combattirent nos pères
Las d'obéir comme un troupeau
Et tu guidas leur fier drapeau .
Au chant des trompettes guerrières
Sombre et farouche tu marchais ,
Mais tu souris , voici la Paix !

Que se passa-t-il ?
Comme partout , un traître imbécile avait dû trouver particulièrement avantageux et nécessaire de la dénoncer aux allemands .
Si bien qu'un matin , après la classe , alors qu'elle rentrait faire déjeûner ses enfants , un officier allemand arriva , dans une de ces petites voitures découvertes que l'on voyait de temps à autre , même dans ce coin perdu de la campagne bressane .


Grand , pas tout jeune , impeccable dans son uniforme , il laissa chauffeur et soldats d'escorte sur la route et avança à grands pas , seul , dans la cour vers ce tout petit bout de femme .

Il s'enquit de l'identité de Marcelle et se présenta lui-même avec la rigueur glaciale que l'on connaissait .
Marcelle , qui par ailleurs aidait de tout son possible les maquisards du canton , n'en menait pas large et s'imaginait déjà emmenée loin de ses enfants et de son école .

A son habitude , elle fit front sans montrer son angoisse , levant la tête et affrontant ce géant , leur ennemi .

- Madame , vous avez été signalée pour apprendre aux enfants de votre école , des chants sédicieux interdits . Qu'avez-vous à dire ?"

Ah , Marcelle respirait , ce n'était pas à cause du maquis , ils n'étaient pas pris et tout pourrait continuer , avec ou sans elle .
- Ce sont de vieilles chansons françaises , Monsieur l'Officier ,
personne n'a jamais dit qu'elles étaient interdites . "j'ai descendu dans mon jardin..." ce n'est pas méchant ....

L'officier , qui la dépassait de toute la tête , se pencha vers elle et sussura d'un air menaçant :
- Ah oui ?... et " Gloire à toi , sainte Liberté "?...
Aïe .
Elle eut beau dire que ce chant existait depuis la Révolution française , la menace demeurait .

Elle n'avait pas l'intention de courir de risque inutile , ni d'abdiquer sur ce petit moyen qu'elle avait trouvé de former  efficacement les chères têtes blondes qui lui étaient confiées ...

Dressés l'un en face de l'autre , les deux protagonistes ne semblaient pas sur le point de trouver le moindre terrain d'entente .

Le danger était réel , un officier allemand en mission ne pouvait accepter la "résistance" de qui que ce soit .... surtout s'il y  subodorait le moindre petit parfum de "Résistance " .
Et elle devait avoir un fort arôme de Résistance , Marcelle .

C'est alors que se produisit un de ces "petits faits"
dont le Destin est coutumier .

Le petit Jacques , le plus jeune fils de Marcelle , échappa à sa grand'mère qui le tenait bien serré contre elle , à l'arrière-plan , dans l'intention , bien illusoire , de le protèger contre l'allemand .
Voyant sa Maman parler avec ce géant en uniforme vert-de-gris
( comme on disait alors ) il s'approcha . Le regardant des pieds jusqu'au sommet de son képi galonné , il tira plusieurs fois sur sa veste pour attirer son attention et lui demanda :
- Dis , Monsieur , c'est toi , le Boche ?"
Le sol vacilla pour Marcelle !
Mais pour l'officier allemand aussi .
Se penchant , il souleva le petit bonhomme à bout de bras et le regarda longuement  : - j'ai un petit garçon comme toi , tu sais !" dit-il en le reposant doucement au sol . Penché vers Marcelle , il dit :
- Madame , soyez prudente . Le mot "Vérité" pourrait très bien rimer dans cet hymne , je vous assure , et personne ne suspectera la Vérité ! "
Il s'inclina et partit . Elle avait vu : il avait des larmes dans les yeux .

Marcelle mourut très âgée , après une vie toute entière consacrée à l'enseignement , honorée de nombreuses décorations .
La seule qui lui tenait à coeur , c'était la Médaille de la Résistance .

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