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Pas besoin d'aller loin pour trouver un peu d'espoir , de courage , de calme ...  ou  juste un petit sourire : la Page Tendresse c'est tout-de-suite là !
Et pour l'enrichir : un petit mail de 2 ou 3 lignes suffit .

 

Le voyage des mousquetaires

Ils s'étaient surnommés eux-mêmes "les Mousquetaires"
.... parce qu'ils étaient... 5 ! et parce qu'ils avaient été inséparables pendant une période cruciale de leur vie : la Guerre de 39 . ( 1939 !)

 
Ensemble ils avaient souffert , eu peur , repris espoir , eu faim et froid ... combattu ....

Au départ , comme tout le monde , ils avaient fait partie d'un corps d'armée bien constitué qui avait pensé "expédier cette guerre en 2 temps 3 mouvements" comme disait leur commandant ...
On se souvient malheureusement de ce qui s'est passé ( à vos livres d'histoire , les jeunes ! ) et les rangs et les sections furent souvent décimés , recomposés et redécimés , hélas .
Seuls Paul et François se connaissaient alors .

Robert et Roger ( "un gradé" ) les rejoignirent au hasard de leurs marches et combâts . De vieilles photos jaunies les montrent toujours tous les 4 ... d'où leur surnom des "trois Mousquetaires" , qui , comme chacun le sait , étaient 4 .
Jean ( autre "gradé" ) arriva plus tard , sauvé par Roger et Paul , sous la mitraille ( ce n'est pas pour çà qu'ils eurent une médaille ! )..
Ce sont des liens qui ne se défont pas . Aidé et soigné tant bien que mal par les 4 autres , blessé et affaibli , Jean resta avec eux dans le cahos qui s'était installé ...et devint lui aussi un des mousquetaires .

Et voilà , ils étaient 5 !
Bien des années plus tard ils soupçonnèrent Robert Lamoureux
de les avoir décrits dans sa célèbre
" 7ème compagnie " !  Mais , non .
  

En tout cas , ils s'étaient fait une promesse : " Si on s'en tire , les gars , on ira se faire une virée à Paris , tous ensemble !" .
Quel beau projet , aucun d'eux ne connaissant la capitale .
On en rêvait , on en parlait de temps en temps , on écoutait même les "Parigots" décrire la ville et ses splendeurs .

Oui , c'est sûr , on irait !
Parce qu'on s'en tirerait .
Tous les cinq .

Ce fut long , sanglant , désespérant , sauvage , incohérent .... la guerre , quoi ...mais ils devaient avoir une bonne étoile , parce que , finalement , ils étaient tous vivants , bien que blessés , amaigris , épuisés , terrassés ... mais vivants à la fin de la guerre .

On se promit de s'écrire , de se revoir vite , mais il y avait le retour dans les familles , où l'on découvrait les gamins laissés bébés au sein des mamans , et où l'on pleurait ceux dont on n'avait même pas su la disparition . il y avait les maisons à reconstruire , les nouveaux "petits chefs" qui avaient pris la direction des affaires et des villages , les règlements de comptes , parfois sanglants à l'intérieur d'un même village , etc.... Alors , on parlait peu de sa guerre , finalement ; on hurlait encore au milieu des cauchemars , mais on essayait de reprendre la vie là où elle avait cassé ... Dure bataille , là aussi ....

Et les journées passaient ... et on pensait encore aux 4 autres mais on n'écrivait pas : quant au téléphone , c'était chose quasi inconnue au fond de leurs villages

Les mois et les années passaient.
François pensait souvent à "la virée à Paris" : il fallait la faire , nom de nom !!
Il écrivit aux autres ... et tous répondirent , et répondirent : OUI !
Eux aussi y pensaient à cette petite virée .


Il n'y avait donc plus qu'à préparer ce petit voyage si souvent rêvé .
Ce fut Jean qui se proposa :
un "gradé" , ça sait organiser , prévoir , coordonner , contrôler ,
( voir le manuel ! ) .
Jean savait tout celà ( on est gradé ou on ne l'est pas )
et tout alla très vite .
Et bien .

Après étude attentive des cartes routières et des horaires des trains locaux et régionaux , il fut décidé de se donner rendez-vous à Bordeaux et de "monter" tous ensemble dans la capitale .
Quel voyage .
Et puis , il y avait les détails de l'opération . Et pas des moindres .

Par exemple ? les épouses !

Trois d'entre eux étaient mariés , les deux autres vivaient seuls .
Celà n'aurait pas été commode à organiser , alors le 1er principe fut posé <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<

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on monterait à Paris
entre hommes .
Pas de femmes ,
légitimes ou pas .
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Globalement , tout se passa bien .
Evidemment , il fallut canaliser un peu ces messieurs , peu habitués aux voyages d'agrément .
Jean exigea que l'on condense : pas besoin de se charger inutilement : un petit en-cas pour le voyage et un peu de linge suffiraient .
             

Parfait . Ils eurent leur train et tout alla bien . Enfin , presque .
A l'époque on était à 8 par compartiment . Eux , étaient 5 .
Deux autres places furent occupées par une mère et sa fille , d'allure plutôt revêche et qu'il allait falloir supporter jusqu'à Paris .
 Que faire d'autre ? Bien se tenir , voilà tout .
Paul se leva pour prendre un journal coincé entre 2 valises au-dessus de leurs têtes ...et retomba dans un grand cri : " Mon dos !!"

Ses copains le savaient : il avait toujours eu "une faiblesse" de ce côté-là .
Paul était "le roi du lumbago" , le pauvre .
Aussitôt tous l'entourèrent , suggèrant repos strict allongé ou au contraire tentative hardie de déblocage .
De toute manière il fallait l'étendre .
Tous se regroupèrent sur les 2 places restantes à côté des 2 dames .
Robert prit la direction des opérations.

Et c'est alors que la grande idée prit son ampleur , et son envol .
" Excusez-nous , Mesdames , mais nous allons le déshabiller pour que je puisse lui remettre sa vertèbre en place . Je l'ai souvent décoincé pendant la guerre , vous pouvez lui demander !"
... et aussitôt les autres commencèrent à déboutonner la chemise de Paul , gémissant de plus belle .
"Chez moi on est rebouteux de père en fils . On cherche le mal , et puis , un bon coup de genou et tout se remet en place ." commentait Robert aimablement aux deux pauvrettes effarées , pendant que ses "assistants" attaquaient le pantalon de Paul .

"...ça va plus vite que les piqures"


" Vous allez voir ."
ajouta-t-il perfidement .

Le départ des deux pauvres dames vers un compartiment voisin peu occupé fut aussi rapide que facile : on leur porta leurs valises avec plates excuses et sourires navrés et reconnaissants.
On entendait les cris de Paul .

Et l'on retourna dans le compartiment enfin à eux seuls
Mais là , surprise...

Alors que tous pensaient à un bluff astucieux autant qu'efficace de leur ami Paul , celui-ci se tortillait quand même
( un peu ) de douleur .
"C'est vous qui m'avez tordu dans tous les sens pour me déshabiller , maintenant j'ai presque mal ! " grogna-t-il dans un demi fou-rire .
Qu'à celà ne tienne , Robert savait vraiment remettre les choses en place , ce qu'il fit en quelques instants , non sans avoir conseillé à Paul d'émettre un grand cri , audible du compartiment voisin .
Ce qui fut fait ... avec plaisir .

Tout se passa très bien .
Robert connaissait son affaire .
 Plus aucune douleur pour Paul , et surtout plus personne pour les empêcher de commencer enfin , à leur guise , le voyage dont ils avaient rêvé .

A Paris , ils ne firent guère de folies ( ils ne restaient que 2 jours ) mais , surtout , ils se retrouvèrent . De terrasse en terrasse , du Sacré-Coeur aux Champs-Elysées , devant des bières bien fraiches , ils refirent un long bout du terrible chemin qui les avait réunis quelques années plus tôt .
Ils se dirent des choses qu'ils n'avaient jamais osé se dire , laissant couler les larmes et les sourires du coeur .
Ensuite , ils se revirent , chez l'un ou chez l'autre ... et parlèrent de leur petite virée à Paris .

 

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