Page précédente

Page suivante

INDEX                       Tout sur nous ?

Ecrivez-nous : unmomentdecalme@aol.com

* dire "Merci" à sainte Rita

* autre Ex Voto de remerciement

Quand le monde vous semble vide et froid , la Page Tendresse est là pour vous réchauffer le coeur .
Quand votre coeur aura repris des couleurs , c'est vous qui enrichirez la Page Tendresse , par un petit mail de 2 ou 3 lignes ( pas plus ).

 

au jardin
Tout doucement

C'est le dernier pavillon , en haut de la rue des Castors , ainsi baptisée parce que toutes ses maisons ont été construites par des "Castors" , des gens comme vous et moi qui s'associaient pour construire leur maison de leurs propres mains , en s'entre-aidant sans compter les heures ni la fatigue , parce que , maintenant que la guerre était finie ( c'était vers 1950 ) on allait enfin pouvoir revivre et avoir sa maison à soi , même si l'on n'était pas riche .

C'était une jolie idée , cette asso-ciation de labeur et de réussite après les souffrances et le deuil .  Bien sûr , celà créait des liens à tout jamais , ces constructions "tous ensemble" , chacun ayant donné et reçu aide et bonheur .
Le temps a passé .
Les maisons sont toujours là car elles étaient bien faites . Elles ont un petit air modeste , et vieillot avec parfois une petite plaque émaillée : "Notre nid" , "Chez nous" voire..."Ça m'suffit " .

Beaucoup de ces maisons sont passées maintenant aux mains des enfants ou petits-enfants , on a aménagé les combles pour faire des chambres . Les grands-parents sont partis , pour toujours ou simplement en maison de retraite .
Certains sont encore là , vivant "par habitude" comme dit le vieux Monsieur Lecoq ( qui a mis une ancienne girouette au-dessus d'une jardinière , à l'entrée ).

L'entrée est simple ( à l'époque on n'avait pas de garage ) , avec une petite grille en fer forgé , avec  une  clochette rouillée en guise de sonnette.
Tiens , c'est drôle , il y a quelques herbes folles sur le seuil .
Alors , on se relâche ,grand'père ? Allez , ce sera vite nettoyé !
Il doit être fatigué , ce n'est pas son genre , ces petites négligences .
Bof , c'est ainsi , quand on prend de l'âge , il y a des jours où on se traîne ....
Tout doucement .

Au fond du jardin , il y a une autre petite porte .Les roses débordent .
 

Tout doucement .


( l'emblême-maison ! )

Décidément , tout déborde
partout chez Mr Lecoq , cette année : la fenêtre de la cuisine ne lutte même plus contre le rosier grimpant dont il est si fier .
Une petite taille va s'imposer , dites-donc !
         Tout doucement .

Mais , comme il n'a pas eu d'enfant , personne n'est là pour l'aider ; il va falloir faire appel à un jardinier , et çà , ça ne lui sourit guère ( ça ne sera pas fait comme il veut ) .

Mais , où est-il donc passé ?
Avec son vieux short délavé ( on a été sportif ou on ne l'a pas été ! ) et son grand chapeau de paille
( "attention , pas de coups de soleil sur le crâne , vous feriez une attaque " a dit , à peu-près , le docteur ) il trouve toujours à faire dans son jardin ...et rit à gorge déployée en disant que ses "mollets de coq" sont encore bien en forme pour bêcher !

Tiens , il n'est pas là ?....



Tout doucement .

©

Contre le mur , la vieille jarre fêlée croule sous un fuschia hirsute :
c' est comme pour les rosiers ,
les fleurs fanées aux couleurs éteintes gênent les nouvelles fleurs qui peinent à éclore , tant tout celà est brûlé de soleil et désséché . Eh bé !...
Mais que fait-il ?
Le vieil arrosoir serait-il donc victime d'un rapt crapuleux ( ce n'est pas un nain de jardin pourtant ) , ou hors d'usage ?
          Tout doucement .

Dans le jardin , il y a aussi le "coin de ma Marie " comme il dit ,  qu'elle a fleuri avec soin tant d'années .
Le petit vase où elle mettait les plus belles roses est renversé , dans l'herbe .
Tout
doucement .

Maintenant  "la petite Sainte Vierge" rapportée de leur voyage à Lourdes il y a si longtemps est envahie par les liserons et les pois de senteur . Pas une rose.

Il l'a fleurie soigneusement , en souvenir de leurs 58 ans de vie commune , pensant que ça faisait plaisir à "sa" Marie , qui s'est endormie pour toujours il y a quelques années , et qui doit le voir "de Là-Haut" .
          Tout doucement .
Le chat non plus n'est pas là .
Bonne pâte de chat , pas fugueur , juste un peu nerveux si un oiseau le nargue ." Chat par habitude aussi " dit son maître .
Où est-il passé ??

C'est sûr , Mr Lecoq est parti , lui aussi .
Alors , il nous revient en mémoire ,
tout doucement , ce beau poème de Verhaeren ,
qui aurait pu être le poème de sa vie :

L'âge est venu, pas à pas, jour à jour,
Poser ses mains sur le front nu de notre amour
Et, de ses yeux moins vifs, l'a regardé.
Et, dans le beau jardin que Juillet a ridé,
Les fleurs, les bosquets et les feuilles vivantes
Ont laissé choir un peu de leur force fervente  (.... )


 Un jeune couple regarde par-dessus la haie des troënes débordants ; ils jaugent , scrutent , s'y voient déjà .... peut-être .
Bientôt , c'est sûr , la maison sera vendue et le jardin renaîtra .... et ils seront heureux ( souhaitons-le ) jusqu'à ce qu'à leur tour l'âge vienne "pas à pas , jour à jour ...."
Ce n'est pas triste , seulement doux..... tout doux .